De Voltaire à Bernstein


" II y avait en Westphalie, un jeune garçon a qui la nature avait
donné les moeurs les plus douces
(...) on le nommait Candide "

" Peu de voix se sont élevées contre le livre, pour en critiquer Ia superbe comédie, l'eclat, la rapidité, leflot rugissant - tant de marques du génie qui en fut l'auteur. Pour beaucoup, il s'agit de la plus grande satire jamais ecrite, une satire qui frappe dans tous les sens, englobe tous les illogismes humains, et poursuit son attaque d'une traite jusqu'à la dernière page. C'est le plus grand coup de sabre jamais donné, et ce, à la vitesse de l'eclair. "
Lillian Heliman, à propos du Candide de Voltaire

Comme nombre de philosophes du " Siecle des Lumières ", préoccupé par la marche des idées et le sort des hommes, Voltaire porte un regard critique sur les errements de ses contemporains. Moins de deux siècles plus tard, les tribunaux de l'Inquisition, évoqués dans Candide, sont remplacées par ceux du sénateur McCarthy...

Dès 1953, Lillian Heilman, auteur de théâtre en vogue, soumet à Leonard Bernstein l'idée d'adapter pour la scène le Candide de Voltaire. Tous deux, ardents délfenseurs des Droits de l'Homme, établissent vite un parallèle historique avec le climat politique des Etats-Unis en ces années troubles. Lillian Hellman va rédiger, en collaboration avec Richard Wilbur, un livret adapté du conte du philosophe français. Leonard Bernstein en ecrira la musique.

Une première version de l'oeuvre est donnée à Boston au mois d'octobre 1956, avant la creation officielle, dans sa version originale, le ler décembre de la même année au Martin Beck Theater de New York. L'oeuvre sera reprise dès 1957 et sera notamment l'objet de plusieurs productions universitaires aux Etats-Unis dont celles des Universités d'Jndiana (en 1957) et de Californie (en 1966).

La partition fourmille de références subtiles à la musique occidentale. Du choral de Bach à l'opérette viennoise, du tango argentin à l'air de diva dans le plus pur style " Castafiore ", d'abondants clins d'oeil musicaux viennent souligner des situations que n'auraient pas reniées les Marx Brothers. Un texte universel, qul tourne en derision les absurdités humaines, allié à une musique désopilante, peltillante comme du champagne, mais non delnuée d'émotion, tel un grand pied de nez à l'intoIelrance, au racisme et aux fanatismes politiques ou religieux.

 

En route pour une grande aventure!


En 1995, le Choeur de l'Universié Paul-Valéry sous l'impulsion de Sylvie Golgevit, monte une adaptation du Porgy and Bess de Gershwin, qui prend Ia forme d'une comédie musicale: " Summertime ". Un accueil chaleureux les attend au Théatre des Treize Vents de Mont pellier. Dès lors, la volonté de réunir autour d'un même projet artistique les acteurs de la vie universitaire s'impose : ECUME, l'Ensemble Choral Universitaire de Montpellier est né.

En novembre 1996, une fois le choix du Candide de Bernstein arrêté, un chceur inter-universitaire est constitué puis un ensemble instrumental. Des solistes sont ensuite auditionnés. Des professionnels du monde du spectacle (chef dorchestre, metteur en scène, chef de chant,...) sont sollicités et se lancent sans hésitation dans l'aventure, stimulés par l'énergie d'une centaine d'étudiants prêts à relever le défi. En quelques mois à peine, grace à l'engagement des Universités Montpellier I (Médecine et Droit), Montpellier II (Sciences) et Montpellier III (Lettres) - qui, pour la première fois, se retrouvent autour d'un projet musical commun - et grace au travail d'une équipe soudée et dynamique, l'idée se concrétise.

Une première série de concerts, donnés en mai 1997 dans le cadre des campus universitaires Montpelliérains, reçoit un accuell enthousiaste et unanime, tant de la part du public que des acteurs de la vie musicale montpelliéraine. Etape suivante de ce parcours, trois représentations scéniques de l'ouvrage sont programmées dans le cadre prestigieux de l'Opéra-Comédie les 21, 23 et 25 octobre 1997, grace aux soutien de la Ville de Montpellier et d'institutions comme les Operas de Montpellier (Association de gestion des Opéras de Montpellier), les Ministères de la Culture et de l'Education ou la Fondation France Telecom...

L'aventure devrait se poursuivre dans les mois à venir avec une série de concerts en région Languedoc-Roussillon, prélude à. une extension du projet au niveau national. Par la suite, Candide devrait continuer son voyage et être reçu par les villes de Heidelberg (Allemagne), Bologne (Italie) et Barcelone (Espagne).

CANDIDE
de
Musique de Leonard Bernstein
(édition Alphonse Leduc - Boosey and Hawks)
Livret d'apres le conte philosophique de Voltaire
adaptation de Hugh Wheeler
Paroles de Richard Wilbur
et de
Stephen Sondheim, John La louche, Lillian Hellman,
Dorothy Parker, Leonard Bernstein
Adaptation française des dialogues : Jean-Louis Pichon

Avec le soutien de

Ministère de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie
Ministère cle la Cttlture et de la Communication
Direction Régiona1e des Affaires Culturelles
Université Montpellier I
Université Montpellier II
Université Montpellier III
Chancellerie des Universités
Pôle Universitaire Européen de Montpellier
Centre National des Oeuvres Universitaires et Scolaires
Région Languedoc-Roussillon
Ville de Montpellier
Association de gestion des Opéras de Montpellier
Fondation d'Entreprise France Telecom
Ecole Supérieure des Métiers techniques du Spectacle SCAENICA
Ecole Giorgifont
Caisse d'Epargne
MNEF
Midi Libre
Chipie - Etablissement Signoles
Etablissements Agniel-Bertron

Affiche Candide
Candide

Un musicien aux multiples visages


Musicien aux multiples visages Leonard Ber nstein a acquis une renommée intarnationale au cours des cinquante années de sa carrière. Chef d'orchestre et pédagogue influent, ii fut un grand compositeur, égalament auteur,eat un pianiste de talent.

Sous sa plume sont nées des oeuvres d'une extraordinaire diversité de formes et de styles, dont trois symphonies (Jeremiah, The Age of Anxiety et Kaddish), la Sérénade pour violon et orchestre à cordes (daprès le Banquet de Platon), les Chichester Psalms pour chceur et orchestre, trois ballets (Fancy Free, Facsimile et Dybbuk), la partition du film On the Waterfront (~Sur las Qnais~), ainsi que les opéras Trouble in Tahiti et A Quiet Place. Pour le theâtre de Broadway, il a signé Candide et plus d'une comédie musicale dont la fameuse West Side Story mais également On The Town et Wonderful Town. Sa Masse pour chanteurs, acteurs et danseurs sera interprétée pour l 'inauguration du Kennedy Center de Washington, en 1971. Dix ans plus tard, ce devait être la premiere oeuvre d'un compositeur américain représentée à l'Opéra de Vienne.

Né à Lawrence (Massachusetts) le 25 août 1918, Leonard Bernstein a passé son enfance à Boston. Diplomé de Harvard en 1939, il poursuit ses études au Curtis Institute de Philadelphie auprès de Fritz Reiner notamment. Chaque été, il se rend à Tanglewood en tant qu'étudiant puis comme assistant de Serge Koussevitzky. Engagé par Artur Rodzinski comme chef-assistant du Philharmonique de New York (1943), il fait, à la tête de cet orchestre, de remarq uables débuts -aujourd'hui historiques - en remplaçant Bruno Walter lors d'un concert diffusé à travers tout le pays. Dabord directeur musical de l'Orchestre symphonique de New York, il sera nommé, en 1958, à la tête de l'Orchestre philharmonique de New York. Dès 1969, il est membre honoraire de cet orchestre et reçoit la même année le titre de Laureate Conductor à vie.

On ne saurait citer ici tous les prix, honneurs et décorations remis à Leonard Bernstein. Divers festivals consacrés aux oeuvres de Bernstein ont vu le jour en Israiel, en Autriche, à New York (Carnegie Hall, 1988) et à Londres avec le London Symphony Orchestra (Barbican Centre, 1986) où ce fut la plus grande manifestation du genre jamais entreprise pour saluer un compositeur vivant. Il a formé toute une génération de mélomanes américains grâce à ses Young People's Concerts donnés avec l'Orchestre philharmonique de New York et diffusés par la télévision -une emission maintenue au programme quatorze années de suite. Quant à ses érits sur la musique, ils ont été traduits dans le monde entier.

La candeur des pourquoi


Candide est une comédie musicale qui, sur un ton léger, pose des questions éthiques fondamentales : qu'est-ce que le bien et le mal ? Qu'est -ce que la liberté ? Un jeune hornme tente de se frayer un chemin dans un monde à l'opposé du modèle inculqué par son maitre. Il tente malgré tout de s'y rattacher contre vents et maées mais ce modèle se désagrége sous nos yeux.

Comment continuer à vivre alors et pourquoi ? Cette question du sens de la vie me semble être la plus terrible des interrogations de notre fin de siècle tant les appuis pour une réponse satisfaisante nous font défaut. La tradition, la religion et les ideologies sont suspectes d'aliéner l'individu.

Que nous reste-t-il alors ? La liberté de choisir ? Mais le peut-on dans un monde qui répand son modèle sur toute la planète et dont la validité est avérée puisqu'il semble le plus puissant ? Mais est-ce le meilleur des mondes et surtout est-ce réellement le nôtre ? Si nous sentons, même confusément, qu'il ne nous convient pas, quelle alternative s'offre à nous afin de lui resister ? Comment ne pas être englouti par la profusion d'images " kitsch " qui nous prouvent que le bonheur est dans l'avoir et plus dans le pré ? " Le kitsch, c'est Ia traduction de la bêtise des idées reçues dans le domaine de la beauté et de l'émotion " nous dit Kundera. L'adhésion aveugle de chacun au kitsch conduit à l'éradication de l'individu, à l'éviction de la pensée. Tout pouvoir, pour se maintenir, use du kitsch. Ce dernier impose son modèle par la beauté d'images assurant sa pérennité. Aujourd'hui, le modèle propose des moyens mais les fins semblent perdues. Immergé dans ce monde, il nous faut trouver un regard neuf, d'enfant, pour à nouveau voir et questionner. Retrouver la candeur des pourquoi.

Candide soulève des questions, met en lumiàre les incohérences des situations qu'il traverse. Cest souvent drôle et cocasse, loufoque parfois, mais la quête est bien réelle. Traversant toutes les adversités, porté par l'image illusoire de Cunégonde, Candide parvient à faire le deuil de lillusion au profit de la réalité et de la présence. Parti à Ia recherche de l'amour absolu et guidé par lui, il trouve l'amour de quelqu'un. L'homme contemporain a conquis sa qualité d'individu en s'affranchissant de toutes les normes susceptibles d'aliéner sa liberte et son autonomie. Paradoxalement, après la destruction ces contraintes morales hétéronomes, il en devient orphelin et solitaire, démuni. Il lui reste son humanité qui le relie à ses semblables. Il lui reste peut-être le projet d'allervjusqu'au bout de sa condition. Ce chemin passe par l'autre comme valeur sublime de notre passage ici-bas.

Le souci de l'autre implique dès lors une morale et la volonté de l'appliquer et de la faire appliquer. Il nous reste toujours à penser l'amour.

Béla Czuppon, metteur en scène

Direction musicale: Patrick Souillot
Mise en scène: Béla Czuppon
Chef de chant: Elène Golgevit
Responsable pédagogique et musicale: Sylvie Golgevit

Candide
Candide
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